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 Routes en piteux État...

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carmelo
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MessageSujet: Routes en piteux État...   Dim 18 Aoû - 9:26


SOURCE : www.madagascar-tribune.com/


Routes en piteux État...
lundi 12 août 2013, par Ndimby A.


Le troisième épisode de la série de documentaires « Va voir Ailleurs » (M6) a été consacré le 7 août dernier à Madagascar. Nicole Viala, chauffeur de taxi sexagénaire à Marseille, est partie vivre le quotidien de Hans, chauffeur de taxi-brousse à Madagascar [1].

Le réalisateur de ce docu-réalité de 66 minutes a réussi à montrer de multiples aspects du pays : l’éducation en milieu rural, le quotidien des petits exploitants miniers, mais surtout l’état des routes et leur impact sur la vie des citoyens. L’avantage de ce documentaire, c’est son caractère objectif : s’il avait été produit par le Ministère des transports, la TV nationale ou l’Union européenne, certains se seraient empressés de hurler à la propagande, sans chercher à considérer la réalité des faits qui y étaient montrés. Mais telle qu’elle est, la vidéo nous montre le vécu des compatriotes qui voyagent par la route vers Fort-Dauphin, ville censée pourtant être un pôle de croissance à travers le tourisme et l’exploitation de l’ilménite. État des routes pitoyables, conditions de voyage éprouvantes, et mauvaise piste qui alterne les mauvaises surprises : ponts coupés car la population environnante a volé le bois, éboulement, embourbement etc. Dans ce tableau, il ne manquait plus qu’une rencontre avec Remenabila ! Cette épopée, unique dans la vie de Nicole Viala, est le vécu quotidien de milliers de personnes qui doivent sillonner les routes de la Grande Ile.

Ce documentaire appelle à une réflexion sur les infrastructures routières du pays. La Première République a fait le choix de multiplier les petits aéroports au lieu de bâtir un véritable réseau routier digne de ce nom. Or ces petites dessertes n’ont maintenant qu’une rentabilité politique, et non pas commerciale [2]. En regardant le site internet de la Compagnie nationale, on se demande combien de Malgaches ont les possibilités financières de prendre l’avion régulièrement et permettre de rentabiliser l’exploitation des lignes vers Manja, Tsiroanomandidy, Antsalova, Besalampy etc... [3] Seule solution donc pour le Malgache moyen : les routes nationales, qui en-dehors des grands axes vers les chefs-lieux de Province, n’ont souvent de route que le nom.


Il faut reconnaître que cette situation est le legs de décennies de mauvais choix, d’inaction et de gabegie, et il serait donc non-objectif de mettre la situation actuelle sur le dos du Président de la transition (PT) Andry Rajoelina. Par contre, il est indéniable que le coup d’État du PT a soufflé comme un vent mauvais sur les projets routiers soutenus par les grands bailleurs de fonds, à commencer par l’Union européenne. Mais de toutes manières, comment la clique hâtive, qui n’est même pas fichue de faire réparer un trou de 17 mètres de hauteur qui bée depuis plus d’un an en plein milieu de la Capitale à Ambanidia (source photo : Facebook), pourrait-elle se préoccuper de la RN13 à des milliers de kilomètres de ses yeux ?

Je ne tomberai pas dans la facilité à la mode chez les éjaculateurs orateurs précoces, et qui trouvera toujours de bons clients à Madagascar (tant parmi ceux qui parlent/écrivent que ceux qui les écoutent/lisent) : la critique systématique des étrangers pour défausser les Malgaches de leurs propres turpitudes. On pourrait certes se demander si les bailleurs de fonds effectuent correctement leur travail d’investigation sur la conformité des travaux effectués avec le cahier de charges, avant de donner un avis de non-objection au paiement. Mais c’est quand même triste d’attendre systématiquement que ce soient les vazaha qui fassent le gendarme chez nous, tout simplement parce qu’on n’a ni la volonté, ni la capacité de le faire nous-mêmes. Et après, on se permet de vilipender la médiation de la SADC....

De manière générale, c’est à l’État qu’il revient de faciliter la circulation dans des conditions optimales des personnes et des biens dans le territoire sous son contrôle. Or depuis 50 ans, l’État malgache a failli à cette mission, qui n’est pas seulement philosophique, mais a un impact économique se traduisant en désenclavement des zones agricoles et accès des producteurs aux marchés. En plus, on peut légitimement se poser trois questions.
Les relations privilégiées (sous plusieurs régimes, depuis Zafy jusqu’à
maintenant) entre certains gros transporteurs et les dirigeants n’ont-il pas un lien avec les difficultés d’application des normes de charge à l’essieu et de tonnage autorisé sur les ponts ? [4] Cela a détérioré bien des kilomètres de routes avant l’heure, et a eu des conséquences dramatiques sur certains ouvrages, comme celui de Marivorahona en août 2012 (crédit photo : La Tribune de Diégo).
N’y aurait-il pas un puissant lobbying de la part de transporteurs opérant dans certaines contrées de l’Île pour que les routes du coin restent dans cet état lamentable, afin d’y maintenir une situation de monopole juteux ? Car qui dit amélioration des routes, dit ouverture du transport de marchandises et de voyageurs à la concurrence.
Quel est l’impact de la corruption sur la durabilité des routes ? Il y a plusieurs années, un entrepreneur m’avait avoué que pour obtenir le marché de réfection de routes dans une région, il avait été obligé « d’arroser » toute une chaîne de responsables ministériels et de notables de la région concernée, et que pour se rattraper, il avait réduit l’épaisseur et les caractéristiques du goudron utilisé.

La plupart des routes et des ponts a été construite avec des emprunts auprès des bailleurs de fonds, mais aussi d’impôts et de taxes prélevés sur les contribuables. Par conséquent, un État qui se laisse suborner par ces lobbies de transporteurs, ou qui refuse de pratiquer les contrôles dans les règles de l’art lors des réceptions techniques, manque aux principes fondamentaux de bonne gouvernance et à ses obligations vis à vis des générations actuelles et futures. Sans oublier qu’il est défaillant à sa mission d’organiser la circulation des personnes et des biens. Donc, au final, un piteux État.


D’après une conversation que nous avons eue avec un cadre du Ministère des Transports, sans les bailleurs de fonds des programmes routiers (principalement Union européenne, Banque mondiale et Banque africaine de développement), on ne peut même pas assurer une maintenance correcte du réseau actuel de routes et de ponts. Alors en construire relève d’une illusion. Par conséquent, on aime bien critiquer la communauté internationale, mais on est bien content qu’elle soit là, dans un pays où 75% du Programme d’investissement public est financé par elle. Et quand elle suspend ses financements, les nids de poules deviennent des nids d’autruches sur les routes nationales (crédit photo RN2 : Felana Rajaonarivelo), et apparemment, certains ponts manqueraient maintenant de s’effondrer.

Selon d’ailleurs une étude de la Banque mondiale [5], le manque d’entretien et de maintenance des routes a entrainé le fait qu’entre 1970 et 2000, « le pays a perdu en moyenne environ 1.000 km de routes par an ». Le linéaire routier qui était d’environ 50.000 km au début des années 60, était de 38.000 en 2010. À titre de comparaison, la densité des routes revêtues est de 31 km / millier de km² en Afrique subsaharienne, tandis qu’à Madagascar, il n’est que de 9,7 km. Et toujours selon cette même étude, seulement 22,4% de la population rurale à Madagascar vit à moins de 2 km d’une route circulable toute l’année.

CARACTERISTIQUES          LONGUEUR
Routes bitumées            5.700 km
Routes nationales en terre 6.050 km
Pistes                                 30.000 km



Marc Ravalomanana avait compris le lien entre développement et infrastructures routières, et a essayé de corriger les lacunes à travers un ambitieux programme, préoccupation symbolisée d’ailleurs par une des illustrations du billet de banque de 10.000 Ariary (photo). Comme le montrent les études psychiatriques effectuées dans le temps sur un sujet appelé Mike Raybbisso, les personnes à quotient intellectuel limité ne sont pas capables de voir au-delà de l’immédiateté du visible, et réagissent au quart de tour et avec mauvaise foi, faute de pouvoir engager une réflexion de fond. Ainsi, les esprits chagrins s’offusqueront que ce pictogramme du programme routier sur le billet de banque fut aussi le symbole du parti politique de Marc Ravalomanana. D’autres s’étaient empressés d’ironiser en disant que les routes ne se mangeaient pas, et que le programme routier de Marc Ravalomanana était inutile. Réflexion de ceux qui n’ont sans doute jamais roulé ailleurs que sur les grandes routes nationales vers Toamasina, Mahajanga, Antsiranana ou Toliara, face apparente et honorable d’un iceberg moins glorieux dans l’ensemble. Et surtout, réflexion de ceux qui vont sciemment « oublier » de se demander si les futilités manara-penitra se mangent.

Sur le sujet des routes, la seule action dont on se souviendra de la part de ce régime hâtif (=orangés pressés) est le chant de ralliement de ses troupeaux sur la Place du 13 mai au premier trimestre 2009 : Iny lalana iny (« cette route-là »). Quelles que soient les opinions sur les défauts et les abus de Marc Ravalomanana, force est de constater qu’au moins l’ancien Président avait une réelle vision au sujet de l’importance des infrastructures routières, comme le montrent les trois cartes intégrées sur un excellent article de Vero Razafintsalama sur le blog de l’ONG Lalana. Je tire d’ailleurs de cet article une citation de Julius Nyerere, ancien Président de la Tanzanie :

« Alors que les grandes puissances s’efforçaient d’atteindre la lune, nous cherchions les moyens d’atteindre nos villages… Maintenant, les grandes puissances sont allées sur la lune et sont revenues, et communiquent même avec les étoiles… nous essayons toujours d’atteindre nos villages, et nos villages semblent de plus en plus éloignés. »

Maintenant, nous devons nous contenter de la vision de développement (sic et resic) de notre DJ national, centrée comme il se doit sur la construction de stades de rugby et de salles de concert (comme dit le proverbe, maso-tsokona ka ny kely ananana no ahiratra). Les stades pour amadouer les gros bras (toujours utiles quand on se complait dans la politique malsaine...), les salles de concert pour faire croire à la jeunesse qu’on s’occupe d’elle. Tout en faisant oublier aux uns et aux autres les perspectives chétives qui s’offrent à eux en matière d’emploi, de sécurité, d’éducation et d’avenir. « Pleure ô mon pays bien aimé », comme l’écrivait le Sud-africain Alan Paton au début de l’Apartheid. Quant à vous, placeriez-vous le développement de routes au premier rang des priorités pour Madagascar ?
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